Protéger et améliorer la santé animale, humaine et environnementale, en relation avec l’animal et ses productions
La santé publique vétérinaire en France
Selon la nouvelle définition proposée par l'Académie vétérinaire de France en juin 2021, « la santé publique vétérinaire est l’ensemble des actions collectives, principalement régaliennes, en rapport avec les animaux sauvages ou domestiques, leurs services, et leurs productions entrant notamment dans la chaine alimentaire, qui visent à préserver les santés humaine et animale – y compris l’état de bien-être – et la santé des écosystèmes. Elle contribue ainsi au développement durable et à la mise en œuvre du concept « Une seule santé » .
I. Brève histoire de la santé publique vétérinaire
Depuis longtemps, les hommes ont constaté que les aliments qu’ils consommaient pouvaient être dangereux pour leur santé, que les conditions de préparation et de conservation de la nourriture avaient une influence sur leur salubrité, notamment pour les produits d’origine animale (produits laitiers, œufs, viandes) et qu’ils pouvaient également transmettre des maladies[1]. C'est en France au XVIIIème siècle que, pour la première fois, une loi a confié la responsabilité de la santé publique aux maires, notamment dans les grandes villes, en les incitant à organiser une inspection systématique des animaux avant leur abattage, ainsi qu’une inspection des viandes. Les vétérinaires, issus des toutes récentes Ecole nationale vétérinaire de Lyon(VETAGRO SUP depuis 2010) et Ecola nationale vétérinaire d'Alfort ont dès lors été impliqués pour apporter leurs connaissances sur les maladies animales. Ont ensuite été créés les premiers services vétérinaires, chargés d’assurer la sécurité sanitaire des aliments d’origine animale dans les abattoirs. Ces institutions créées au plus près des citoyens à la fin du XIXème siècle, se sont développées à l’échelle municipale pour l’inspection des denrées alimentaires, à l’échelle départementale pour la lutte contre les épizooties Elles ont connu un réel essor à partir des années 1960, en fusionnant en une organisation étatique chargée de prévenir les grandes pathologies animales, notamment les zoonoses, et de garantir la salubrité des denrées alimentaires. Cette activité a été consacrée par le Code rural et de la pêche maritime sous le nom de santé publique vétérinaire[2].
Au cours du XXème siècle, l’augmentation de la population et le développement de l’élevage pour répondre à la demande mondiale, les évolutions de la recherche, de l’ industrie agro-alimentaire et des technologies de transformation, de transport et de conservation des aliments ont élargi le champ de la santé publique vétérinaire. Le développement du commerce mondial des animaux, des végétaux et des produits qui en sont issus, a favorisé la circulation des dangers sanitaires à travers le monde, augmentant le risque pour les populations, les animaux et les cultures. Pour y remédier, les normes sanitaires internationales établies par l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA ex OIE), le Codex Alimentarius et la Convention Internationale pour La Protection des Végétaux (CIPV) ont été reconnues comme références par l' Organisation Mondiale du Commerce (OMC) pour garantir la sécurité sanitaire du commerce international.
Depuis 1993, la réglementation de l’Union européenne (UE) unifie les règles d'élevage et de circulation des animaux de rente, les règles de production et les critères microbiologiques pour toutes les denrées d'origine animale et végétale, ainsi que les techniques d'inspection et de contrôle pour tous les états membres.
Aujourd’hui, les risques sanitaires ont considérablement évolué, et les méthodes d'analyse des risques et de contrôle également. De nouvelles préoccupations ont émergé, en lien avec les crises sanitaires telles que la crise de la vache folle, l’évolution de la règlementation par exemple sur la traçabilité des produits ou encore sur les limites maximales de résidus, ou encore, sous la pression de l’opinion publique, sur des sujets comme le bien-être animal. En plus des champs historiques de santé et protection des animaux et de sécurité sanitaire des aliments, de nouvelles composantes se sont donc ajoutées à la santé publique vétérinaire, notamment l’environnement, pour "produire sain, sans souffrance et sans nuisance"[3].
II La santé publique vétérinaire aujourd'hui
En 1997, l’Académie vétérinaire de France définissait la santé publique vétérinaire comme « l'ensemble des actions qui sont en rapport direct ou indirect avec les animaux, leurs produits et sous-produits, dès lors qu'elles contribuent à la protection, à la conservation et à l'amélioration de la santé de l'Homme, c'est-à-dire son bien-être physique, moral et social ». Le concept de santé publique vétérinaire plaçait alors les sciences vétérinaires dans les enjeux d’amélioration et de protection de la santé publique.
La nouvelle définition proposée par l'Académie vétérinaire de France en juin 2021 témoigne d’une évolution et d’une ouverture de la notion de santé publique vétérinaire notamment en faveur d’une intégration croissante des problématiques environnementales en lien avec des attentes sociétales en forte augmentation dans ce domaine, face à des enjeux désormais incontournables. La santé publique vétérinaire est aujourd’hui redéfinie comme « l’ensemble des actions collectives, principalement régaliennes, en rapport avec les animaux sauvages ou domestiques, leurs services, et leurs productions entrant notamment dans la chaine alimentaire, qui visent à préserver les santés humaine et animale – y compris l’état de bien-être – et la santé des écosystèmes. Elle contribue ainsi au développement durable et à la mise en œuvre du concept « Une seule santé »[4].
Pour répondre aux enjeux sanitaires, la santé publique vétérinaire tend donc vers une approche intégrée de la santé humaine, de la santé animale et de la santé des écosystèmes, s’inscrivant ainsi dans l’approche « Une seule santé », également appelée « One Health ».
Elle s’intéresse à la fois à la santé animale (avec ou sans répercussions directes sur la santé de l’homme), au bien-être animal, à l’hygiène et à la sécurité et à la qualité des aliments dans une approche transversale dite « de la fourche à la fourchette » ou « de l’étable à la table » compte tenu de l’impact de la santé animale, de l’hygiène et de l’environnement sur la sécurité sanitaire des aliments. La santé publique vétérinaire s’intéresse également à la prévention des pollutions de l’environnement qui pourraient être liées aux activités d’élevage et de transformation.
Elle implique donc de nombreux acteurs :
les vétérinaires dont les Inspecteurs de Santé Publique Vétérinaire (ISPV) travaillant pour l'Etat.
les professionnels des secteurs agro-alimentaires et de la recherche
les organismes publices comme les ministères en charge de l'agriculture, de l'agro-alimentaire, de la santé, de l'environnement et diverses agences
les élus des collectivités terriroriales responsables de la santé et de la sécurité publiques et adminsitrateurs de restauration collective...
La santé publique vétérinaire se conçoit à différentes échelles, en fonction des problématiques sanitaires : locale, régionale, nationale et/ou internationale et doit sans cesse adapter ses missions à l’évolution des enjeux sanitaires. Pour cela, elle s’appuie sur un réseau d’acteurs, et notamment la recherche dans différentes disciplines : épidémiologie, microbiologie, écologie et sociologie. Si les intérêts des acteurs impliqués peuvent différer, leur objectif final est commun : préserver la santé de l’Homme, des animaux et des écosystèmes. La santé publique vétérinaire revêt des enjeux sanitaires, environnementaux, mais aussi économiques et sociaux.
[1] https://snispv.org/qui-sommes-nous/nos-metiers/un-peu-dhistoire/
[2] Conseil général vétérinaire. Histoire des services vétérinaires français. Association amicale du Conseil général vétérinaire, 2006.
[3] https://snispv.org/qui-sommes-nous/nos-metiers/un-peu-dhistoire/
[4] https://academie-veterinaire-defrance.org/communiques-de-presse/communique-de-presse-2021-08-lacademie-veterinaire-de-france-revisite-la-definition-de-la-sante-publique-veterinaire